Journal N° 2419 du 24-07-2007
Directeur de publication: Pius N. NJAWE
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Barbarie policière d’après vote

Pour répondre aux manifestations pacifiques d’un groupe de militants d’un parti de l’opposition, la police charge sans ménagement. Le reporter de votre journal molesté.

Les discours avaient un peu endormi l’opinion, et j’ai eu la naïveté de croire que la police était devenue citoyenne, comme le souhaite le délégué général à la sûreté nationale Edgar Alain Mebe Ngo’o.
Informé hier lundi 23 juillet au matin d’une manifestation des militants de l’opposition à l’Ecole publique de Bonamoussadi, à Douala, je me rends comme tout reporter sur les lieux. Sur place, une troupe d’environ cent (100) personnes est amassée devant le bâtiment abritant les services de l’éducation de base de la localité. Ce bâtiment jouxte l’Ecole publique, où il y avait des bureaux de vote la veille. Mais ce bâtiment attire surtout l’attention parce que les procès verbaux de vote y sont conservés.
La barrière est protégée par des éléments de la brigade de gendarmerie d’Akwa Nord. A l’intérieur de la barrière, d’autres éléments sont en faction. Le sol est jonché de pancartes de fortune. On peut y lire “ Bye Bye Foning, non au détournement de nos votes, trop c’est trop. ” Tout le long de la route, des deux côtés, sont alignées des motos. Elles appartiennent de toute évidence aux manifestants.
L’ambiance est bon enfant, les manifestants échangent amicalement avec les éléments de la gendarmerie, dont l’attitude est admirée d’ailleurs. Ce corps d’armée a réussi à calmer la foule, et les éléments s’emploient à les convaincre qu’ils ont des moyens légaux pour porter toutes revendications. Certains prennent même le cas de la commune de Lobo où la liste Rdpc aux municipales a été disqualifiée, quoique la seule en lice. Avec des arguments juridiques convaincants, tout est possible, essaient-ils de dire.

Violence gratuite
C’est dans cette ambiance que j’arrive sur les lieux. Je m’approche d’un gendarme au niveau de la barrière, décline mon identité de journaliste, et demande à savoir ce qui se passe. J’ai à peine le temps de commencer la conversation. Un camion de la police arrive, venant de la direction du commissariat du XIIe arrondissement. L’escouade des éléments anti-émeutes saute du camion, et se met à charger la foule est désarmée. A l’aide des matraques et des bottes, les sbires sont décidés à montrer de quoi ils sont capables : la barbarie. Rien en effet sur les lieux ne justifiait leur présence, encore moins leurs actes. J’avais cru un instant que cette escouade venait pour contenir la population, afin qu’elle n’occupe pas la chaussée. Erreur. L’instinct animal était plus fort chez ces hommes en tenue. Visiblement, la troupe avait reçu l’ordre de charger, pas d’évaluer la situation. Et ces hommes, souvent le dernier maillon d’une chaîne, ont fait le sale boulot. J’ai beau lever les mains, crier que je suis journaliste, que je ne suis militant d’aucun parti, rien n’y fait. Je reçois des coups de matraque partout. La tête, les épaules, le poignet qui essaie de bloquer, le dos…Et ça vient de tout côté. Impossible de fuir, encore que je ne m’en étais pas fait une option. J’essaie de me réfugier derrière le gendarme, mais il me repousse vers les policiers enragés.
Quand je réussis à m’extirper, la douleur commence à me pénétrer. J’étais presque la dernière âme qui vive dans leur girond.
Ils se déchaînent maintenant sur les motos rangées le long des trottoirs. Après les avoir bousculées du pied, ils cassent minutieusement, à l’aide des matraques, les rétroviseurs, les pots de phare et de clignotants. Un vrai travail de vandales. Et ça ne suffit pas. Ils usent maintenant du gaz lacrymogène, et en balancent partout. Une fois de plus pour rien. Du pur gaspillage.
En 2007, la police camerounaise n’intègre pas toujours la notion de manifestation pacifique. Et une fois de plus, les journalistes en paient les dégâts collatéraux.
A l’hôpital, le médecin a diagnostiqué les œdèmes, hématomes, œdème occipital, contusion traumatique sévère, entre autres.


Communique de presse
Le Snjc condamne l’agression sauvage d’un journaliste du quotidien Le Messager à Douala


Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) a appris avec la plus grande tristesse l'agression sauvage dont a été victime le 23 juillet 2007 à Douala, Roland Tsapi, journaliste, chef service politique, délégué du personnel suppléant Snjc au quotidien Le Messager dont le siège est à Douala, victime d’une escouade de policiers descendus d’un camion anti-émeute.
L’agression a été perpétuée dans la cour de l’inspection d’arrondissement de l’Education de base du quartier Bonamoussadi alors que notre confrère couvrait une manifestation pacifique constituée des militants de l’opposition et des conducteurs de moto-taxis, lesquels dénonçaient les tripatouillages électoraux et les fraudes qui ont émaillé les élections couplées (législatives et municipales) du 22 juillet 2007 dans cette localité.
Cette agression d’une autre époque est intervenue alors que ce journaliste s’entretenait avec des éléments de la gendarmerie en faction ; rien en principe ne justifiait donc l’arrivée de “l'expédition punitive" de la police.
Notre confrère avait, en effet, pris la précaution de se présenter à la cohorte de la "force du désordre" qui, contre toute surprise, s'est aussitôt ruée sur lui, lui assénant sans ménagement des coups de matraques, de pieds et de crosses. D'après les témoignages, les gendarmes avec qui notre confrère s'entretenait l’ont subitement poussé vers les policiers venus "à la rescousse" sur le lieu des manifestations. Roland Tsapi s’en est tiré avec de nombreuses contusions sur le corps et la tête, preuves de la forte violence des coups de matraques et de crosses qu’il a reçus.
Transporté à l’Hôpital Laquintinie de Douala, Roland Tsapi a été consulté par un médecin qui lui a prescrit une incapacité de travail de trente et un (31) jours, "sauf complications".
Lesdits policiers ont du reste saccagé toutes les mototaxis garées sur les lieux de la manifestation.
Le Snjc dénonce cette nouvelle agression sauvage d'un journaliste dans l'exercice de sa profession par la police camerounaise, irrémédiablement répressive, en l'occurrence dans la circonscription "récidiviste" de Bonamoussadi.
En cette période électorale, le Snjc s’étonne une fois de plus du nombre d’autorités publiques s’employant à encourager la répression de la presse.
Le Snjc condamne avec la dernière énergie cette énième atteinte à la liberté de la presse et en appelle aux autorités nationales, à l'opinion nationale et internationale pour mettre fin à des actions d’une telle sauvagerie, qui n’ont pour effet que de ternir l’image du Cameroun auprès de la communauté nationale et internationale.
Le Snjc exige, enfin, que des sanctions exemplaires soient prises contre les auteurs de telles exactions.
Pour le SNJC,
Noé NDJEBET MASSOUSSI
Secrétaire National à l’Organisation du SNJC
Tél. : (237) 77 84 86 72 / 33 42 04 39
Fax : (237) 33 42 53 74
E-mail : noemass2000@yahoo.fr
ndjebet@hotmail.com

 

Par Roland TSAPI
Le 24-07-2007

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